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Le jardin botanique des Cayes a de grandes ambitions

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Le jardin botanique des Cayes a de grandes ambitions

Le courage et la détermination de William Cinéa, qui a pris le risque d'aménager le premier jardin botanique du pays sur un terrain qui ne lui appartient pas, vont finir par payer. Après 10 ans, les propriétaires, qui apprécient l'initiative du jeune agronome et ingénieur forestier, envisagent de lui vendre l'espace sur lequel des centaines d'espèces ornementales, médicinales, d'arbres fruitiers et forestiers ont été implantées. Celui qui rêve de doter le pays d'un grand jardin botanique national a besoin de support financier.

Assis derrière son laptop dans la cour du bureau du Jardin botanique des Cayes, situé à Bergeaud, à l'entrée de la ville, William Cinéa déguste un cachiman. « Je suis végétarien, je ne mange pas n'importe quoi. J'ai un projet, je veux vivre 100 ans », plaisante-t-il, avant d'inviter Le Nouvelliste à visiter les locaux.
Drôle de coïncidence, William Cinéa fréquentait déjà l'espace qui logeait naguère un bureau du ministère de l'Agriculture. « A cette époque, je devais rester dans la cour, je n'avais pas accès à certains espaces parce que j'étais stagiaire, mais aujourd'hui, c'est bien une autre réalité », confie le jeune ingénieur forestier, montrant une nouvelle espèce de palme endémique qu'il vient de découvrir récemment à Trouin, dans l'arrondissement de Léogâne.

Depuis 10 ans, William Cinéa et des membres de son équipe parcourent différentes régions du pays à la recherche de nouvelles espèces pour enrichir le jardin botanique, le seul du pays, établi sur sept carreaux de terre. « Pour démarrer, j'ai dû emprunter 30 000 gourdes à la banque pour louer le terrain et signer un bail de cinq ans renouvelable », révèle celui que plus d'un considérait comme un fou pour avoir entrepris une telle initiative.

Mais William Cinéa, après avoir visité des jardins botaniques à l'étranger au cours de ses études, avait un rêve : doter le pays d'un jardin botanique national. Avant qu'il soit concrétisé, le jeune agronome forestier crée le Jardin botanique des Cayes que certains suggèrent d'ailleurs de rebaptiser de préférence « Jardin botanique d'Haïti ». Les espaces sur lesquels poussaient jadis des herbes sauvages ont été transformés en un vrai parc attractif. Mais le site aurait pu être beaucoup plus magnifique si William Cinéa avait été autorisé à y construire certaines infrastructures.

Sillonnant les différentes parcelles de son jardin, il se sent un peu soulagé.

La raison ? L'un des membres de la famille propriétaire [les Paloma] lui a fait part de son intention de mettre le terrain à sa disposition définitivement. « Nous sommes très heureux par cette nouvelle, parce que c'est 10 ans d'instabilité d'esprit, dit-il. On travaille quotidiennement, mais on se demande à chaque instant si les propriétaires ne vont pas récupérer leur terrain. Nous étions en quelque sorte les gardiens de cette propriété. Dès notre premier bail, il nous était interdit de construire sur le site. Normalement, dans un jardin botanique, on devrait trouver un restaurant, une bibliothèque, une administration, entre autres. »

Un pas est franchi même si rien n'est encore effectif. Willam Cinéa va désormais signer un bail de deux ans sur prix d'achat. Avec ce brin d'espoir, le jeune  botaniste et son équipe sont un peu plus motivés. « Au cours de ces deux années, nous allons mobiliser des fonds afin de construire définitivement les infrastructures pour le jardin », confie M.  Cinéa.

« En tant qu'initiateur du projet, je ne suis pas en mesure d'acheter le terrain, mais aujourd'hui je crois que le jardin n'appartient pas à une personne, déclare William Cinéa. Même s'il est appelé Jardin botanique des Cayes, il s'agit de Jardin botanique national. Je m'attends à beaucoup de supports au niveau national et international. Mon travail est d'aider à créer d'autres jardins botaniques, d'arriver à implanter un jardin botanique national. C'est un projet qui me tient à coeur », ajoute-t-il, assis sur un banc sous un manguier à quelques pas d'une parcelle de plantes médicinales.

En dix ans, il y a eu d'énormes progrès. Si, au départ, William Cinéa avait seulement aménagé quelques plantes ornementales sur le terrain, aujourd'hui, entre 500 et 600 espèces de plantes médicinales, ornementales, d'arbres fruitiers et forestiers, dit-il, poussent sur le site donnant l'allure d'un vrai parc d'attraction pour tous ceux qui visitent le Sud. Il y a environ deux ans, la ministre du Tourisme, Stéphanie Balmir Villedrouin, a même organisé une conférence sur le site.

« Il y a une différence entre un jardin botanique et un parc, explique William Cinéa. Les jardins botaniques sont aménagés comme des parcs afin d'attirer des visiteurs. Un jardin botanique n'est pas géré par le ministère du Tourisme. Ce n'est pas seulement un espace pour accueillir des  visiteurs. On vient visiter, on en profite pour apprendre. C'est un lieu scientifique, un espace de recherches qui doit être attaché à l'université, au ministère de l'Education nationale...»

Conscient de l'aspect d'éducation environnementale, William Cinéa a déjà intégré les départements de recherche, d'éducation, d'horticulture, de planification et de développement et marketing. « Nous sommes membres du Réseau mondial des jardins botaniques; en vue de respecter les normes internationales, nous avons mis en place ces départements », souligne le jeune entrepreneur à côté de deux jeunes agronomes qui travaillent au département de recherche.

Pierre Angelo Joseph et Roland Trézil, tous deux étudiants finissants en agronomie, travaillent avec William Cinéa. Ils recherchent des plantes pour conservation. « Si on parle de reforestation, je crois qu'un jardin botanique est l'élément fondamental, estiment les deux jeunes. Le jardin botanique des Cayes représente un patrimoine pour le pays. »

Le succès est probant. Selon William Cinéa, 25 personnes forment le personnel du Jardin botanique des Cayes. « Ce ne sont pas des gens qui perçoivent vraiment un salaire, mais ce sont des personnes qui adhèrent à notre vision », dit celui qui souhaite aménager son jardin botanique sur au moins 20 hectares.

Pour l'argent, il ne se fait pas de souci, même s'il lui en faudra évidemment pour l'achat du terrain et la construction de certaines infrastructures. « Nous n'avons pas d'argent. Tout ce que nous avons entrepris a été possible grâce à l'audace et à la détermination.

Valery Daudier

Le Nouvelliste

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